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Une expérience de l’individualité

caillouxJe me plais à penser parfois que nos modes de vie sont souvent en décalage profond et total avec ce que nous aimerions et pourrions vivre en réalité. Ah oui cela doit faire rire – ou faire peur – vu de l’espace !

Comment avons-nous pu nous couper autant les uns des autres ? Comment avons-nous pu nous couper autant de nous-même ?

Qui peut-dire aujourd’hui pouvoir compter sur les autres représentants de son espèce, les êtres humains, dans l’amour inconditionnel et la simplicité ? Sans projections ni arrières pensées, sans attentes déçues ou sans connaître un jour ce sentiment de solitude, d’injustice, de devoir «affronter» le monde…?

Si nous faisons le compte, combien avons-nous – pour une personne ayant été élevée en France par exemple – de personnes «proches», sur qui nous pouvons nous «reposer» en cas de coup dur, qui pourront nous épauler, nous soutenir, nous aider que ce soit pour nous soulager du poids d’un caillou ou d’une montagne selon les circonstances ? Et dans le même temps, combien de personnes sont là pour ressentir nos joies, pour partager nos réussites intérieures, pour nous ouvrir à leur tour leur coeur ?

Nos cercles «intimes» sont bien souvent réduits à quelques personnes, plus ou moins selon notre tissu familial et selon la région où nous avons grandi, mais cela représente rarement un chiffre bien élevé par rapport à toutes les personnes que nous «connaissons» et côtoyons.

C’est souvent dans les périodes dites difficiles que l’on peut évaluer cela, et surtout sur la durée. Un coup dur ponctuel ? En général le soutien sera là, en tous cas on peut l’espérer et il dépasse même souvent tout ce que l’on aurait pu imaginer. En revanche pour des relations basées sur l’échange, l’écoute de l’autre et l’amour inconditionnel, c’est bien plus… aléatoire.

Le tissu communautaire tend heureusement à se reconstruire ces dernières années pour reformer ces réseaux d’entraide qui étaient – et sont encore – un trésor de l’humanité dans de nombreuses civilisations. Mais pour cela il faut d’abord que chacun puisse observer et écouter en lui-même et se souvienne de qui il est, de pourquoi il est là, qu’il réapprenne cette chose si merveilleuse qui lui a été ôtée : s’aimer soi-même.

A partir de là tout devient possible et toutes les portes s’ouvrent. Quand on s’aime et que l’on se respecte, quand on a pu accepter toutes les parties en nous, des plus lumineuses que nous refusons souvent de voir par «pudeur éducationnelle» aux plus sombres qui seront pourtant nos plus grandes aides une fois mises en lumières et accueillies comme telles, alors nous pouvons changer notre regard sur le monde extérieur. Plus précisément notre regard évolue en fonction, et donc nos actions, nos comportements, nos liens avec les autres.

Nos peurs d’être «pris pour un idiot», de se faire abuser, d’être déçu et tout ce qui s’ensuit s’effacent pour laisser la place à une immense liberté, celle d’être soi-même et de voir l’autre tel qu’il est en réalité : un être humain dans toute sa perfection, alors qu’avant nous étions facilement concentrés sur ses «défauts» sans réussir à prendre en compte ce qui n’est pas encore manifesté…

Là se trouve l’amour qui entoure et éclaire, l’amour qui reçoit dans la joie, l’amour qui donne sans attendre. Et ce dans toutes nos relations, dans toutes nos interactions avec le monde.

Notre vision du monde extérieur – et donc notre rapport à lui – est tellement conditionné par notre perception consciente et inconsciente de notre monde intérieur…

Alors si on réapprenait à se regarder en face, si l’on prenait le temps de s’accepter dans nos moindres méandres, si nous ouvrions un peu les yeux sur ce qu’est devenu le monde dans lequel nous vivons, qui ne serait ainsi qu’un miroir fascinant à l’échelle locale comme planétaire de ce que nous vivons intérieurement, «individuellement» ou collectivement ?