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Nos enfants

mandalaQu’avons-nous à leur transmettre ? Avons-nous réellement des choses à leur « apprendre » ? Nous observons notre fille évoluer, nous lisons, nous discutons, et nous nous souvenons : l’apprentissage de la vie se fait de lui-même. Une graine n’a besoin de personne pour lui montrer comment pousser pour devenir un immense arbre. De même un enfant n’a pas besoin qu’on lui « enseigne » comment se construire physiquement, comment grandir, se développer, communiquer, s’adapter… C’est inscrit en lui comme dans la graine. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que le cadre n’a pas son importance : la même graine ne croîtra pas de la même façon si elle se retrouve dans un désert de sable ou dans une forêt tropicale.

Pour nous le cadre c’est déjà transmettre un sentiment de sécurité intérieure : par le portage, le peau à peau, la communication sous toutes ses formes pour qu’elle comprenne ce qui se passe autour d’elle. Être toujours avec elle pendant les premiers mois de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait acquis la première phase de l’autonomie : se déplacer. Répondre à tous ses besoins, malgré le fait que certains sont moins évidents à identifier que d’autres. Ne rien lui imposer, toujours solliciter son accord qu’il s’agisse de la prendre dans nos bras, de la laisser dans les bras de quelqu’un d’autre ou de lui proposer quelque chose à manger… Oui c’est « contraignant » pour nous selon les croyances courantes. Mais quel serait le prix plus tard si nous n’acceptions pas cette « contrainte », nous qui avons choisi – en conscience – d’accueillir cette enfant ? Comment ne pas faire ce choix quand on a conscience de tout ce que cela impliquerait de faire d’autres choix ?

Le cadre, c’est aussi respecter les processus naturels du corps, ne pas aller à l’encontre des règles de la vie et du mode d’emploi de l’espèce. Par le choix de l’hygiène naturelle, de la motricité libre, de l’alimentation… Faire confiance à l’instinct de l’enfant, l’accompagner en lui proposant le terrain de jeu adapté, ne pas forcer, se faire confiance aussi avant tout. Pour autant cela n’est pas laisser l’enfant seul se débrouiller, même s’il est évident qu’à force d’essayer il parviendra à des résultats. Pour nous il s’agit plus de suivre le mouvement, de l’accompagner, d’être à l’écoute (intérieure), d’observer, de nous adapter. Bien qu’elle apprécie de temps à autres être allongée sur un lit ou un petit tatami, le tapis de jeu principal de notre fille est mon propre corps sur lequel elle évolue une bonne partie du temps entre deux tétées ou après ses réveils : il y a des creux et des bosses, il est moelleux mais peut se contracter, il bouge et évolue en fonction de ses mouvements ainsi que de ce qu’elle transmet comme signaux de bien-être ou d’inconfort…

Dans nos bras elle est assez peu en écharpe de portage, donc réellement dans nos bras. Quand nous la portons, c’est pour qu’elle découvre le monde, qu’elle touche, qu’elle observe, qu’elle participe. Et nous nous efforçons d’être réellement avec elle, physiquement comme en pensées. Parfois elle reste toute blottie au creux des bras de son papa, parfois elle est bien plus active enserrant un tronc d’arbre dans ses bras, plongeant sa tête dans une grosse marguerite, attrapant ce qui passe à sa portée pour mieux l’observer et l’appréhender, ou se blottissant contre nous – généralement à la recherche du sein. Il n’y a pas de règle, son comportement peut évoluer d’un jour à l’autre, et nous nous adaptons. L’écharpe de portage est très utile en voyage quand nous sommes moins disponibles « pour » et « avec » elle… Et que nous avons besoin de nos bras ! C’est aussi le seul cas où nous lui mettons une couche lavable toute douce, après lui avoir expliqué où nous allons et pourquoi.

Nous verrons comment elle évolue, mais pour l’instant une évidence s’impose : les choix que nous avons faits jusqu’ici ont un impact fort sur le développement de notre fille. Toutes les personnes que nous croisons la trouvent étonnamment éveillée, concentrée, souriante, forte, calme, attentive…… Seules les poussées dentaires, des changements dans mon alimentation ou dans les énergies qui l’entourent perturbent quelques fois cet équilibre.

Quant à nous, nous sommes remués, chamboulés, transformés, à tous les niveaux. Mais c’est notre choix, celui d’évoluer, de ne pas rester figés dans nos croyances, de nous laisser pétrir par l’expérience. Nous avons cette foi qui nous guide pour nous permettre de garder le cap, quels que soient les détours que nous pouvons parfois prendre. Etre parents c’est de toute évidence un engagement, un mode de vie, une révolution, un pari sur l’avenir renouvelé à chaque instant.